CORRUPTION SEXUELLE AU BENIN: Une étude pionnière de SOS Civisme Bénin et Banouto met en lumière une réalité ancrée. -NordBenin
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L’ONG SOS Civisme Bénin et le média Banouto ont officiellement validé les conclusions d’une étude inédite sur la corruption sexuelle. Réalisée dans quatre communes clés du pays, cette enquête pionnière dévoile l’ampleur d’un phénomène systémique, entretenu par une écrasante culture du silence. C’est un pas décisif dans le combat pour la transparence et la dignité humaine au Bénin.

Menée dans le cadre du projet « Stop corruption, Stop VBG » soutenu financièrement par l’Agence Française de Développement (AFD) via Expertise France, une étude de terrain approfondie vient de lever le voile sur les mécanismes de la corruption sexuelle. Les résultats de ces recherches ont fait l’objet d’un atelier de validation rigoureux à Bohicon, réunissant une multitude d’acteurs étatiques, communaux et de la société civile.
Définie comme l’abus d’autorité pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de services ou d’avantages, la corruption sexuelle s’épanouit dans les zones d’ombre du pouvoir. Lors de son allocution d’ouverture, Estelle Akpa-N’Kakou, Directrice Exécutive de SOS Civisme Bénin a souligné que la corruption sexuelle demeure l’une des formes les plus insidieuses de corruption. Elle s’exerce souvent dans le silence, dans les rapports de pouvoir et dans des contextes de vulnérabilité, restant encore insuffisamment documentée alors même que ses conséquences sont profondes sur les victimes, leurs familles et la société dans son ensemble. L’enquête montre que le phénomène est vivace à Abomey-Calavi, commune abritant la principale université du pays, ainsi qu’à Cotonou, Parakou et Porto-Novo. Si les données statistiques confirment que les femmes constituent la grande majorité des victimes, l’étude met en lumière une réalité sociétale souvent occultée : les hommes sont également touchés par ce phénomène.
Pour Estelle Akpa-N’Kakou, les impacts de cette dérive sont destructeurs pour la nation puisqu’elle porte atteinte à la dignité humaine, compromet l’égalité d’accès aux services publics, affaiblit la confiance des citoyens envers les institutions et contribue à la perpétuation des inégalités entre les femmes et les hommes.

L’analyse transversale des cas documentés par le consortium a permis de dégager quatre caractéristiques systématiques. D’abord, une asymétrie de pouvoir se traduisant t par l’exploitation systématique d’un rapport d’autorité qu’il soit hiérarchique, académique ou administratif. Ensuite, une escalade post-refus quasi-systématique expose la victime à des mesures de rétorsion, des blocages administratifs ou des sanctions académiques lorsqu’elle refuse de céder aux sollicitations sexuelles. Le silence massif constitue le chiffre choc de l’étude : dans 9 situations sur 10, les victimes choisissent de se taire. Ce mutisme est le reflet direct d’une impunité quasi-absolue dont jouissent les auteurs des faits. Enfin, un trauma psychologique généralisé s’installe, engendrant des séquelles psychologiques profondes et durables chez la quasi-totalité des victimes. Pour expliquer ce taux de non-dénonciation de 90 %, l’étude identifie ce qu’elle qualifie d’armure invisible autour des agresseurs. Au niveau psychologique, les victimes sont paralysées par des sentiments profonds de honte et de culpabilisation. Sur le plan social, la peur de la stigmatisation et le poids du contrôle communautaire dissuadent fortement de rendre l’affaire publique. Sur le plan économique, la dépendance matérielle de la victime vis-à-vis de l’auteur combinée aux coûts prohibitifs des procédures rend la justice inaccessible. Enfin, au niveau situationnel, les victimes font face à des menaces directes de représailles et reçoivent fréquemment des conseils de silence de la part de leur propre entourage pour éviter les problèmes.
La présentation de ce rapport a suscité une forte mobilisation républicaine. Présent aux côtés du Haut-commissariat à la prévention de la corruption, de l’Institut National de la Femme et de plusieurs ministères sectoriels, le Conseil Économique et Social du Bénin a apporté sa caution institutionnelle aux travaux. S’exprimant au nom du pPrésident de l’institution, le représentant du Conseil Économique et Social a tenu à saluer le travail rigoureux abattu par le consortium. constitue un outil précieux pour mieux comprendre les réalités du terrain et orienter l’action publique en faveur de la protection des personnes vulnérables et de la promotion de la bonne gouvernance. Le représentant a également lancé un appel vibrant à l’action collective, rappelant que ces défis ne peuvent être relevés par une seule institution et qu’ils appellent une mobilisation collective des pouvoirs publics, des collectivités territoriales, de la société civile, des médias, des partenaires techniques et financiers ainsi que des citoyens.
Yolande Fleury, cheffe du pôle communication et sensibilisation de l’Institut National de la Femme, a abondé dans le même sens au terme de l’atelier. Elle est convaincue que bien cerné la réalité permettra de mieux la combattre.
L’ambition finale dépasse la simple validation technique. Il s’agit d’utiliser ce rapport comme un outil de référence pour orienter les futures actions de sensibilisation, de prévention, de plaidoyer et de renforcement des mécanismes institutionnels de lutte contre la corruption sexuelle. Estelle Akpa-N’Kakou a conclu en rappelant l’engagement du Consortium SOS Civisme Bénin – Groupe Banouto à poursuivre ses efforts aux côtés de l’ensemble des acteurs afin de promouvoir l’intégrité, la transparence, l’égalité de genre et le respect des droits fondamentaux. Elle est convaincue que seule une mobilisation collective de toutes les composantes de la société permettra d’obtenir des résultats durables dans ce combat. La validation de ce rapport jette désormais les bases de la stratégie nationale de riposte.
Rédaction Nord Bénin















































































































































































































































































